Shoppons Social
Posted By Loïc Lemoine in Réseaux sociaux, Web 2.0, Relations inter groupe
2009 a démarré depuis maintenant deux mois et comme on pouvait s’y attendre, le Web collaboratif n’a pas tardé à faire parler de lui. Aux États-Unis d’abord, où le phénomène y est tellement bien implanté que l’équipe Obama en a fait la base d’un site Internet. L’opération, baptisée Citizen’s Briefing Book, a ainsi permis aux citoyens américains d’apporter leur contribution au programme du nouveau président. Comment ? En postant des idées ou en recommandant les idées d’un autre citoyen américain. Plus une idée y était plébiscitée, plus elle avait de chance d’être prise en compte. En somme, le concept de recommandation adapté à la politique. Côté français, c’est avec la recommandation shopping que l’on a innové en 2009 grâce à un nouveau site Internet : I Shop You Shop.
Ce nouvel acteur du Web 2.0 (tout bloggeur qui passerait par là dénigrerait cette phrase – Web 2.0, c’est plus vraiment tendance!) vous permet de recommander des produits et d’en découvrir de nouveaux. La recommandation sociale par excellence ! Et tout est dans le titre : « j’achète donc tu achètes » ou plus joliment dit « je découvre et affectionne un produit et propose à mes amis de leur faire découvrir ». On retrouve ici l’idée de valorisation de soi par la communication d’une attitude vis-à-vis d’un objet social (ici le produit découvert). Si je suis le premier à recommander un produit alors d’une part je suis un découvreur de tendance et d’autre part les qualités du produit me sont associées.
« Découvreur de tendance » tend à marquer ma différence et mon avant-gardisme. A rapprocher de la découverte d’un nouveau chanteur « pas du tout connu » ou d’un restaurant « qui n’est listé sur aucun guide ». On affirme par là une différence et donc renforce le sentiment d’existence. Si individuellement j’ai un avis qui n’est pas celui de la masse alors j’existe. Et paradoxalement, malgré cette quête de différence, on désire que « les autres » suivent notre choix. Condition d’ailleurs sine qua none pour être « découvreur de tendance » et non simple marginal. Et s’ils sont suivis, alors je me sens valorisé. I Shop You Shop accentue d’ailleurs ce phénomène avec la rubrique VIP : les membres les plus suivis devenant des «Very Important Prescripteurs ».
Autre avantage, l’association entre les qualités d’un produit et la personne qui les recommande. Ce que nous pensons d’une personne est déterminé en grande partie par la considération de l’ensemble de ses attitudes (« ce qu’elle pense de » ou « comment elle agirait si elle était dans une situation donnée ») vis-à-vis d’autres objets sociaux (son frère, un homme politique, la sécurité sociale, sa cafetière, etc.). Nous appréhendons donc une personne par rapport à ce que l’on a coutume d’appeler « sa vision du monde » (dont nous faisons partie) et son comportement dans ce monde. C’est donc tout naturellement que la recommandation d’un produit va modifier la vision que nous avons de cette personne (de façon infinitésimale si nous la connaissons très bien et de façon très importante si nous ne la connaissons pas (ce serait de fait la seule information disponible pour la « juger »)). On voit ici qu’à travers la recommandation, on ne préconise pas seulement un produit mais on livre aussi une partie de sa personnalité.
Et le processus marche dans les deux sens. Si vous valorisez la personne qui recommande, vous valoriserez le produit auquel elle s’associe. Lorsqu’un individu considère un objet social (ici le produit recommandé), il le fait au travers d’un de ses groupes d’appartenance ou de référence. Or quand le produit est recommandé par un de vos amis, vous appelez la représentation qui vous lie à lui. I Shop You Shop l’a bien compris et à l’image d’un Facebook voire d’un Twitter, le site vous donne la possibilité de suivre les recommandations d’un autre membre devenu « ami ». Les produits seront alors présentés sous leur meilleur jour, ou dit différemment, sous leur meilleure représentation. Il y a donc fort à parier que les marques ne tarderont pas à saisir l’opportunité d’apparaître à leur avantage. Si jamais certains en doutaient, voila un nouvel argument attestant de la bonne santé du Web collaboratif…

